Comment la traduction permet d’éclairer la relation entre les mots et leurs significations – Partie 1

Les scientifiques ont découvert un modèle universel dans la signification des mots, révélé par la façon dont le sens des mots évolue

Quelques mots ont radicalement changé de sens à travers les âges. Autrefois, le mot anglais awful signifiait impressionné ou rempli de crainte. Clue (indice en français) était autrefois une boule de fil. Et être taxé de « nice » n’était pas vraiment un compliment ; cela signifiait stupide, idiot ou ignorant.

Mais comment la définition d’un mot peut changer si radicalement ?

Dans le but de comprendre comment le sens des mots évolue, une équipe de scientifiques a cartographié les relations entre les différents mots et leurs significations en tentant de capturer le processus en action.

Si vous avez déjà appris une nouvelle langue ou traduit des phrases d’une langue à une autre, vous savez qu’un seul mot ne sera pas toujours parfaitement traduit par un autre. Certains termes ont même des significations multiples, comme le mot hawaïen aloha, qui peut signifier à la fois bonjour et au revoir.

L’équipe de scientifiques s’est concentrée sur ces mots aux significations multiples, pour créer un réseau sémantique reliant les mots à travers leurs traductions polysémiques. La carte linguistique résultante apparaît ici, reprise d’un article publié dans la revue The Proceedings of the National Academy of Sciences.

« Nous ne savions pas comment représenter la relation entre les mots et leurs significations et encore moins comment le sens des mots changent, » exprime Tanmoy Bhattacharya, un des chercheurs de l’étude de l’Institut Santa Fe.

L’équipe a alors cherché des modèles entre les mots dans des langues différentes. Elle a d’abord sélectionné pas moins de 81 langues à travers le monde. Ces langues ont été choisies dans divers contextes historiques, culturels et géographiques.

« La plupart des études linguistiques sont axées sur les langues des pays occidentaux, industrialisés, riches et démocratiques, » indique l’auteur principal de l’étude Hyejin Youn, également de l’Institut de Santa Fe. Mais depuis que l’équipe a été à la chasse de modèles universels, elle a justement choisi des langues qui ne sont pas susceptibles d’avoir beaucoup de points communs par ascendance ou interaction. »

L’anglais a été utilisé comme méta-langage. 22 noms simples ont été sélectionnés comme le soleil, la mer, la poussière, l’eau et la pierre, utilisés pour la simple traduction.

Chaque mot a été traduit de l’anglais à chacune des 81 langues. Ensuite, le ou les mots résultant(s) ont été traduits vers l’anglais. Au cours de cette contre-traduction, certains des mots ont acquis des significations multiples.

Le Dr Bhattacharya raconte :  » Vous pouvez commencer avec le mot soleil et vous retrouver avec toutes sortes de mots. Quand vous prenez ces mêmes mots et que vous les traduisez en revenant vers la langue source, vous obtenez à la fois le soleil et la lune dans certaines langues. »

Ce processus de traduction et retraduction a finalement produit un réseau de mots, plus ou moins fortement liés.

Une toile sur les éléments naturels

Quand ils ont regardé les données, les chercheurs ont constaté que les liens les plus forts regroupaient les mots en trois grands ensembles. Et ces regroupements s’apparentaient de façon étonnante à la classification des éléments naturels de notre monde. Les mots relatifs à l’eau forment un sous-ensemble tandis que ceux liés à la pierre ou la montagne en forment un autre. Le troisième groupe était plus important et comprenait plusieurs éléments, reliant certains mots comme la poussière avec de la fumée, ou le soleil avec le feu et le vent.

« Vous pouvez facilement passer d’un mot signifiant le soleil à quelque chose désignant une étoile« , dit Bhattacharya, mais vous aurez du mal à arriver au mot rivière. »

« Il semble y avoir une structure universelle des niveaux de signification dans les différentes langues« , conclut le Dr Youn.

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