Comment la traduction permet d’éclairer la relation entre les mots et leurs significations – Partie 2

Les scientifiques ont découvert un modèle universel dans la signification des mots, révélé par la façon dont le sens des mots évolue

Partie 1

Les mots et les sens en mouvement

Comment la cartographie de traductions et de contre-traductions met en évidence la façon dont les mots changent leur signification dans le temps ? Cette évolution porte directement sur la façon dont les mots fonctionnent.

« Les mots sont des marqueurs de concepts », explique Youn. « Certes nous avons besoin d’un mot pour nous exprimer, communiquer avec les autres, mais ce qui est effectivement communiqué est le sens. »

Nous avons le sentiment que les mots sont des choses statiques, figés dans le dictionnaire avec un sens – ou même plusieurs significations arrêtées.

Au contraire, un mot est un processus, toujours en passe de devenir un autre. Alors, quand même ces chercheurs ont cartographié des mots dans un réseau sémantique moderne, ils ont capturé une image figée de ce processus dynamique.

« Les mots ne changent pas leurs significations de façon aléatoire. Il s’agit plutôt des implications qui pèsent sur un mot qui vont devenir progressivement ce que signifie le mot« , explique le linguiste John McWhorter de l’université de Columbia.

Par exemple, le mot soleil implique la notion de chaleur. Dans une langue, les locuteurs pourraient employer « soleil » dans le sens de réchauffement. Après un certain temps, de façon progressive et sans réel basculement, le mot soleil dans cette langue ne va signifier rien d’autre que chaleur.

Reconnaitre les mots polysémiques pour détecter les changements de sens

Mais au cours de ce processus, « il existe un moment où un mot doit signifier deux choses« , explique le Dr Bhattacharya. Voici ici le point central, le temps précis où la signification d’un mot va être modifiée, délaissant l’un des sens pour un autre qui prend le dessus.

En ce sens, les mots d’une langue qui sont porteurs de plusieurs sens forts sont les plus susceptibles d’évoluer et donc de changer progressivement de sens.

Dr Bhattacharya touche ici l’objectif même de cette recherche. En jouant sur les traductions et contre-traductions d’une langue à l’autre, les chercheurs ont fourni un modèle à utiliser pour questionner la façon dont les mots et leurs significations changent au fil du temps.

Qu’est-ce qui se cache derrière les changements linguistiques et les modèles ?

Les chercheurs ont étudié les langues à travers des régions lointaines, des environnements et des cultures différents, pensant qu’ils pourraient repérer les relations entre les expériences des populations et leur utilisation de la langue.

Avec cette hypothèse, ils imaginaient entre autre que les populations côtières relieraient la mer et le sel alors que les habitants du désert pourraient ne pas faire ce lien. Mais ils ont constaté que cette association était universelle.

« Il y a un espace conceptuel cohérent de sens qui transcende les facteurs culturels et environnementaux« , explique Youn. En d’autres termes, la langue n’est pas si fortement unie à l’environnement.

En portant initialement sur l’évolution des mots dans la langue, cette étude montre également que dans toutes les langues, il existe certains concepts de base en dépit de la grande disparité de l’expérience humaine. La culture locale n’est pas la seule chose qui détermine la façon dont fonctionne une langue.